Mardi 17 juin 2008
Pen Duick est ma fanfic, c'est-à-dire, une fan fiction. Pour ceux qui ne seraient pas familiers du terme, je vous renvoie à cette page qui vous expliquera cet exercice d'écriture : link

Je l'ai mise en ligne sur ce blog dans un soucis de clarté et d'organisation, car je suis issu d'un forum où elle est également publiée. L'univers sur lequel vient se greffer ma fic est bien particulier, et j'ai cherché à estomper son côté enfantin que je regrette infiniment.

Un lien est disponible dans la colonne de droite, qui mène à des images en rapport direct avec la fic.

N'hésitez pas à laisser des commentaires, question, critique positive ou négative, encouragement... Tout avis est le bienvenue, du moment que cela reste constructif.

Bonne lecture =)
Publié dans : Fic - divers - Par Trent
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Mardi 17 juin 2008


[Si vous ne voulez pas prendre le temps de tout lire, lisez au moins le paragraphe « ce que j’ai modifié/inventé »]

 


Si j’écris cette fic, c’est pour plusieurs raisons… D’abord, parce que je me suis replongé dans cet univers des pokémons qui a enjolivé mon enfance. Le faire revivre avec plus de maturité, à ma sauce, c’est un peu revivre quelques bons moments et les sublimer. C’est aussi un moyen de me remettre à l’écriture autre que le songwriting… Cela fait bien 4 ans que je n’ai plus écrit de nouvelle ou autre… Cette fic est donc un moyen de se remettre dans le bain, en brodant sur un univers existant. Et c’est aussi l’occasion de donner vie au personnage que j’ai moi-même créé lorsque j’avais 12 ans. Dans cette fic qui est destinée à être longue, je l’appellerai Ryan.

Vous l’aurez compris, cette fic a certains petits enjeux, mais cela reste du plaisir.

 

Qui dit plaisir, dit liberté. Si quelqu’un me contredit, je peux m’énerver  u_u

J’ai perdu la patience essentielle à toute discussion philosophique, so…

J’ai donc brodé, j’ai modifié certaines choses dans cet univers à mon goût trop enfantin des pokémons. C’est un aspect que j’ai toujours regretté.

 


Ce que j’ai modifié/inventé et qu’il vous faut savoir :

 

- Les évolutions ne sont pas instantanées (sauf pour les spectres) mais progressives, entre quelques jours (psy/ténèbre/insecte/plante/et exceptions) et 1 mois (roche/acier/sol). Lors de cette période, les pokémons ne sont pas forcément plus faibles, mais moins habiles car il ont un corps en constante évolution, qu’ils ne maîtrisent pas à 100% : précision et concentration moindres, réflexes émoussés… Mais il apparaîtrait que, parfois, l’évolution pourrait  se voir accélérée par un combat ou tout autre stimuli assez puissant. De plus, certains pokémons évoluent d’une manière inhabituelle ou partielle s’ils ont vécu des évènements particuliers (environement, blessure…).

 

- Il existe 2 sortes de shineys : les communs (couleur shiney répandue, celle du jeux) et les shineys rares, ayant vécu dans un environnement particulier, ou simplement au patrimoine génétique exceptionnel.

 

- En plus de 2 types, un pokémon peut avoir un ascendant d’un troisième type, qui a une influence variable. Quelques exemples : Dracaufeu (feu/vol + dragon), Aéromite, (insecte/poison + vol), Parasect (insecte/plante + poison), Léviator (eau/vol + dragon)…

 

- Ici, des surnoms ne sont traditionnellement pas donnés aux pokémons car appeler son pokémon par le nom de son espèce est une tradition visant à montrer le lien fort et unique entre le dresseur et son pokémon. Pourtant, certains rares dresseurs ne se plient pas à cette tradition pour diverses raisons.

 

- Il existe plusieurs niveaux de licence pour entraîner un pokémon et participer à des tournois/concours… La licence de niveau 3 est faite pour les tout jeunes dresseurs apprentis qui doivent être sous la tutelle d’un dresseur possédant une licence de niveau 2. Cette licence de niveau 2 est elle aussi une licence amateur. Elle est donnée aux jeunes apprentis ayant fait leurs preuves entre 14 et 17 ans. Elle est aussi donnée aux jeunes dresseurs de 17 ans ou plus qui ont suivit des cours sur les pokémons. Enfin, il y a la licence de niveau 1. C’est la licence de dresseur professionnel.

 

- L’enseignement général est obligatoire jusqu’à 14 ans, âge où l’on peut devenir dresseur apprenti (sous tutelle) et acquérir son premier pokémon en payant sa licence de niveau 3. Il existe ensuite des enseignement plus spécifiques (comme les filières L, S, ES) auxquelles on peut greffer des options pokémons, sous forme de cours généraux ou plus spécifiques : élevage, dressage, combat…

 

- La hiérarchie des ligues :

- Maître
- Conseil des 4

- Grandes Ligues (kanto, johto, etc…)

- Ligues Indépendantes (elles n’ont pas de champions spécifiques, mais sont partenaires de grandes ligues)

- Tournois événementiels/indépendants (ils s’agit de manifestations ponctuelles)

 

 

 

Voilà. Je pense vous avoir à peu près tout dit… Le reste viendra plus tard, au fil des chapitres.

Bonne lecture ! =)

 

 

Publié dans : Fic - divers - Par Trent
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Mardi 17 juin 2008

La Lune était à son dernier quartier et une très légère brise iodée passait sur la lande environnante. La rue, en bordure de la ville, donnait sur l’étendue sauvage.

Quatre délicates pattes sombres ensanglantées s’approchaient d’une démarche chancelante, se dirigeant vers la douce lumière des petits lampadaires de style victorien... Le jeune noctali aux anneaux d’un mauve chatoyant s’arrêta au pied du lampadaire le plus proche, et se lécha les oreilles, desquelles gouttait le liquide rougeâtre. Le sang commença à dessiner quelques rares et minuscules arabesques sur les pavés de granit rose, auxquels se mariait parfaitement la couleur du fluide vital.

 

~

 

La petite mentali s'étira de tout son long au bord de l'eau. Son regard d'une clarté cristalline s’attarda sur la surface du lac qui brillait d’une douce lueur rose sous les rayons du soleil naissant. Son cou était parsemé de petites tâches du même mauve améthyste que ses yeux. Ces tâches, qui rappelaient un peu celles d’un noctali, frère obscur, formaient un petit collier qui lui donnait un air encore plus charmant. Cette parure des plus inhabituelles se détachait avec douceur de l’ensemble de son pelage qui était d’un délicat violet parme. Son front était sertit d’un petit rubis circulaire oscillant entre le rouge cerise et lie de vin. La mentali, qui trottinait maintenant en direction de la lande, se fondait parfaitement dans l’aurore rosâtre.

 

~

 

Men Ruz se situait en bord de mer et, de par son relatif isolement, elle s’était toujours montrée assez indépendante et à part. D’ailleurs, la ville avait la particularité de pouvoir se suffire à elle-même, et d’avoir quelques lois propres. Malgré l’exode, ce qui avait jadis été un village était devenu une ville de taille moyenne qui avait malgré tout gardé son côté traditionnel. L’arrivée massive de nouveaux habitants n’était pas le fruit du hasard, et les autorités se montraient désormais particulièrement sélectives quant aux permis de construire et elles avaient même établi un permis de location, ce qui nuisait quelque peu à l’image chaleureuse de la ville, qui accueillait pourtant de nombreux voyageurs. En effet, Men Ruz était particulièrement attractive car elle possédait un charme rare. La ville profitait d’un cadre exceptionnel : un peu au sud-ouest se trouvait une forêt giboyeuse qui s’étendait sur de nombreux hectares, bordée d’un immense lac limpide parsemé d’îlots. Et alors que la cité était cernée et protégée par la lande, de grandes plaines verdoyantes s’étendaient à perte de vue à l’extrême sud-est. Le climat était doux toute l’année. Régulièrement, un fin crachin arrosait délicatement la région, rafraîchissant agréablement l’atmosphère et parsemant la lande sauvage de nombreuses perles cristallines. Mais Men Ruz tenait son nom de sa particularité géologique. La ville avait été fondée sur la côte couronnée de granit rose, un rivage unique et fantastique, qui trouvait toute sa magnificence sous cette bruine celtique, bien que par tout temps il soit magnifique. Les Ruzecs tiraient énormément des carrières dans les terres, d’où l’on pouvait également extraire de magnifiques rubis qui participaient aussi à la fierté et la renommée de celle que l’on appelait parfois la Cité Rouge. Mais les Ruzecs préservaient cette côte exceptionnelle à laquelle certains prêtaient des vertus magiques. Parmi ceux-ci, les Sages de Men Ruz, sorte de haut conseil spirituel de la ville, mais qui n’avait absolument rien de religieux. Les Sages avaient autrefois été les principaux défenseurs de la ville, lorsque celle-ci était encore entièrement fortifiée. Seule une petite partie des remparts et des fortifications avait été conservée. Le plus impressionnant de ces ouvrages subsistants était une longue collerette qui délimitait le quartier le plus beau de la ville, où se situait la tour du Conseil des Sages, entourée de jardins luxuriants. Le Manac’h était la partie la plus ancienne de la vieille ville, mais la modernité s’y était doucement intégrée. Les rues étaient parfaitement pavées de gigantesques dalles de granit et, invitations à la détente, des jardins suspendus surplombaient cette partie calme de la cité, isolée de l’effervescence générale. Le quartier, lui, tenait son nom d’une excroissance de la côte granitique qui s’était légèrement enfoncée dans les terres et qui regroupait des granits rose, noir et blanc, qui offraient parfois de magnifiques pierres précieuses d’une grande diversité.

 

Néanmoins, cette petite « montagne » était en quelque sorte sacrée aux yeux des citoyens de Men Ruz. Elle symbolisait la particularité granitique de la région qui faisait que l’on y trouvait de nombreux « shineys » de type roche. Ces « shineys » étaient en partie protégés par un décret car ils étaient particulièrement convoités par les dresseurs pokémon, duellistes comme coordinateurs, autochtones ou étrangers. Ces mêmes dresseurs appréciaient aussi tout particulièrement ceux qui attiraient toute l’affection des habitants de la Cité Rouge. Les evolis avaient investit depuis longtemps le Manac’h, bien avant que les fondateurs de Men Ruz ne viennent s’établir sur ce bout de la côte. Nombres d’entre eux possédaient un maître, mais la plupart était sans attaches, et vaquait dans la Citée Rouge. L’espèce multi-évolutive se trouvait partout dans la ville, apportant encore un peu plus d’animation et de vie. De plus, les evolis, et leurs évolutions, étaient très utiles pour la sécurité de la Cité. En effet, ces petits pokémons très polyvalents étaient incroyablement organisés, et ils étaient les yeux de la ville : ils repéraient chaque personne suspecte, ou encore, ils voyaient arriver les nouveaux venus, qui étaient alors évalués tandis que les evolis se faisaient passer discrètement le message pour prévenir les gardes de Men Ruz. Chaque race d’evolis avait son propre panel de cris, allant du jappement au miaulement, en passant par le hululement, accompagnés de toute une kyrielle de mimiques. C’est ainsi que la jeune Mentali, qui se prélassait près du lac, avait été mise au courant qu’un événement inhabituel et inquiétant était survenu en ville. Néanmoins, d’après les cris de ses congénères, la situation n’était pas critique et avait été stabilisée. La mentali trottinait donc vers Men Ruz, pour rejoindre sa maîtresse, restée en ville.

Publié dans : Chapitre - Par Trent
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Mardi 17 juin 2008

Atria fut surprise par sa jeune mentali qui arriva sans bruit et avec agilité sur le rebord de la fenêtre de sa chambre.

-        Wilhelmina, dit-elle avec un sourire. Tu es au courant je présume ? J’allais justement le voir…

Le ton de la jeune fille de 17 ans était un peu triste et tendu alors que son regard parcourait les murs de sa chambre. La vieille tapisserie d’un bleu paon était parsemée de quelques posters, affiches et autres tableaux. Si certains représentaient des rocks stars ou des personnages célèbres, certains étaient les répliques de tableaux de maîtres ou d’œuvres plus modestes et plus décalées. Une armoire en chêne se dressait dans un coin, accompagnée d’une commode et d’une coiffeuse de marbre immaculées. La bibliothèque, qui se fondait sur la tapisserie, était remplie de livres allant du conte enfantin mais complexe au traité de philosophie, en passant par de vieux ouvrages poussiéreux sur l’art, ou d’autres plus récents, sur la musique. Le lit à baldaquin noir reposait dans son alcôve. Les draps et les rideaux étaient d’un mauve discret qui offrait un curieux mariage avec la tapisserie. De nombreux origamis, d’extravagants mobiles ou d’autres objets étranges étaient suspendus au ciel du lit, accompagnés de quelques petites lampes originales. Assise à son bureau du même bleu que la tapisserie, Atria se leva, éteignit la lampe de son plan de travail, puis le lampadaire à l’opposé de la pièce. Elle prit alors son manteau, et sortit, précédée de Wilhelmina.

Il faisait assez frais ce matin, une légère brume flottait dans les rues désertes.

-        Le genre d’atmosphères que j’affectionne… murmura la jeune fille, qui avait adopté une attitude lunaire.

La jeune mentali approuva d’un petit hululement entendu. Atria pressa le pas. La scène avait quelque chose d’exquis : la place du Manac’h était parcourue par une jeune fille aux longs cheveux brun, au port altier, vêtue d’un long manteau noir, accompagnée de sa seule mentali, et dont les talons claquaient dans la solitude brumeuse de la Citée Rouge. Cette même scène plut beaucoup à l’être qui épiait Atria et Wilhelmina depuis les jardins suspendus.

« Délicieuse fantasmagorie… » songea-t-il en se mordillant la lèvre inférieure.

L’être ne la voyait pas toujours parfaitement, à cause de la brume, mais il ne ratait presque aucun de ses mouvements. C’était un habitué des lieux. Quelques gouttes de sangs perlèrent sur ses lèvres. C’est alors que le noctali le rejoignit. Seules quelques traces de sang subsistaient sur son pelage. L’inconnu l’accueillit d’un regard entendu. Le silence était de mise. Tout ce petit monde traversa le Manac’h sans rencontrer âme qui vive, pas même le moindre evoli.

 

            Atria se rendait dans la partie sud du quartier, où se situaient le commissariat central de Men Ruz et la clinique du Manac’h. Arrivée à un large embranchement, elle hésita. Clinique ou commissariat ?

« Si ce que m’a dit Erwan est juste, Ryan devrait être à la clinique, en attendant d’être interrogé par le commissaire en personne… » pensa-t-elle avant de prendre la rue sur sa droite, précédée par sa mentali, qui avait deviné ou, plus précisément, lu ses pensées. Le Erwan en question était un jeune Sage de 47 ans, qui avait pris Atria et Ryan sous son aile. Cela leur avait été bien utile en plusieurs occasions, car Erwan connaissait bien les pokémons et leurs rapports avec les humains. Celui-ci n’était pas devenu un Sage si jeune par hasard. Alors que la plupart ne sont intronisés qu’au détour de la cinquantaine, Erwan s’était montré particulièrement convaincant. Assez pour avoir été intronisé à seulement 43 ans. Et il ne devait rien à son réseau de relations, qui faisait qu’il était souvent informé de nombreuses choses bien utiles. Ainsi, Atria avait-elle été mis au courant de l’affaire avant que la nouvelle ne se répande : son ami Ryan, de retour d’un énième petit voyage pokémon dans la région, avait été attaqué et blessé, mais était dans un état stable. Voilà pour les grandes lignes. Mais Atria ne pouvait s’empêcher de se remémorer les mots qu’avait prononcé Erwan.

 

« Souviens-toi que Ryan revenait de Céliandre. Cette forêt est très particulière, unique. Magique même… » avait-il soufflé avec le plus grand sérieux. « S’il y est allé, en solitaire qui plus est, ce n’est pas pour rien. Cet endroit est sujet à de nombreuses légendes et attire beaucoup de monde, y compris des personnes de la pire espèce. Je sais que peu de monde arrive à y pénétrer et que la plupart reste à la lisière, mais parmi toutes ces personnes gravitant autour, il y a des gens malintentionnés. Si Ryan a eu affaire à eux, il peut avoir été blessé, voire même sérieusement, lui et ses pokémons, mais son esprit peut avoir été touché aussi. De plus, on ne sait pas quelle influence a eu Céliandre sur lui… Mais reste optimiste, il n’était pas dans un état critique, je le sais, mais tu dois t’attendre à tout. Surtout qu’il s’agit de Ryan… » avait ajouté Erwan, avec un sourire amusé et rassurant, mais qui restait terne malgré ses efforts. Atria en avait sourit elle aussi, mais l’inquiétude avait vite submergé cette pointe d’amusement.

Pourtant, elle ressentait aussi de l’agacement suite au discours d’Erwan. Bon sang, il ne fallait pas exagérer non plus, si Céliandre et ses environs étaient si dangereux, comment les Sages et sa famille avaient-ils pu laisser partir Ryan qui n’était encore qu’un débutant finalement ? Cela ne faisait que… 7 mois, oui, 7 mois maintenant que Ryan était devenu dresseur et voilà que certaines personnes dans le « milieu » semblaient s’extasier devant lui et ses maigres victoires dans des tournois locaux de sa catégorie, voire régionaux… De plus, Atria trouvait que l’on lui laissait passer beaucoup de choses. Ryan avait de toutes façons toujours eu droit à un traitement non pas de faveur à proprement parler, mais plus… « souple ». Ce qui s’était assez renforcé depuis que Ryan avait reçu son evoli...

Alors que l’agacement et la lassitude semblaient prendre le pas sur l’inquiétude qu’elle ressentait depuis son réveil, Atria fut interrompue dans ses pensées par Wilhelmina. Celle-ci s’était figée et son pelage s’hérissait par endroits, pareil à la surface d’un lac troublée par la pluie. A ceci près que le phénomène se présentait sous formes de vagues successives. Le pelage de velours s’agitait frénétiquement alors que sa mentali avait l’air absente, ce qui annonçait un danger proche, imminent, Atria le savait. Comme elle savait que le regard vague de sa compagne cachait en fait une concentration de tous les instants. Les sens en alertes, la jeune fille s’immobilisa, à 2 pas derrière Wilhelmina. L’absence totale d’evoli dans les environs lui apparut soudain particulièrement inquiétante. Les quelques secondes qui s’ensuivirent furent emplies d’une tension telle qu’Atria sentit ses muscles se raidir. Son échine fut parcourue d’un frémissement. Ce froid frisson, qui parut mettre cent ans à descendre le long de sa colonne vertébrale, aurait pû être délicieux en d’autres circonstances… Le danger vint des hauteurs. Ils étaient deux. Deux ombres se laissant choir des Jardins Suspendus. Deux frères siamois pourtant bien distincts en ce jour étrange. A cause du brouillard et de l’obscurité de la petite rue, les 2 assaillants ne laissaient deviner que leur silhouette. Le premier s’était réceptionné devant elles, sur leur gauche, et le second légèrement en retrait sur la droite. Pourtant, l’un d’eux, le plus grand, était bien moins agile. Celui-là même partit d’un grand rire. Une main parée de bagues en argent surgit alors vivement du brouillard pour saisir Atria à l’épaule. Mais celle-ci, reconnaissant son assaillant, la rejeta violemment, excédée :

-        Putain ! T’as qu’ça à foutre ?! Et qu’est-ce que tu fous là d’abord ?! grogna-t-elle entre ses dents.

Le fait qu’elle utilise ce vocabulaire témoignait de sa nervosité. Ce qui fit rire Ryan de plus belle…

 

 

~

 

Assis sur une chaise à la forme ovale, Ryan faisait face au commissaire tandis qu’Atria se tenait sur l’un des sièges qui étaient alignés le long du mur. Elle avait été autorisée à assister à l’entretien, sur sa propre demande. Cette flexibilité commune lorsque l’on côtoyait le jeune garçon, ne la faisait pas du tout râler cette fois. Cela l’arrangeait tellement. L’adolescent semblait penser la même chose. Lui qui n’aimait pas trop narrer des faits n’aurait pas à répéter la même chose à son amie. Il suffirait qu’elle écoute ce qu’il avait à dire au commissaire. Ryan lui apporterait des précisions et les correctifs plus tard, au calme, en quatre yeux. Cette expression avait toujours fait sourire Ryan. On pouvait parfois l’employer même si un ou plusieurs pokémons accompagnaient les 2 personnes concernées. Un peu de la même manière, la mentali et le noctali étaient présents dans le bureau du commissaire. Nouvelle faveur, bien entendu. Brunet voulait apparemment jouer au gentil flic, histoire de faciliter les confidences.

- Alors, hum… Ryan ? Tu t’es bien remis on dirait… T’éclipser de la polyclinique, alors que tu étais sous… hum, disons « étroite » surveillance, c’était fort, très fort. Le genre de truc que j’adorais à ton âge, ajouta-t-il avec un grand sourire. Et venir de toi-même au commissariat ensuite… ça me plaît ça, dit-il en pointant un doigt affirmatif vers Ryan.

La vérité c’est que ce dernier s’était résolu à aller au poste suite aux remontrances d’Atria. Mais il savait qu’il s’agissait d’un passage obligé, et il y serait certainement aller de lui-même, mais plus tard. Cela ne l’enchantait guère, même s’il n’avait, à priori, rien à craindre : il était la victime. Mais encore fallait-il prouver qu’il y avait eu légitime défense… Tâche ardue à dire vrai.

- Alors cette agression ? Hum ? Ils te sont tombés dessus, et tu t’es défendu comment ?

Ryan eu du mal à en croire ses oreilles. La légitime défense semblait même plus évidente que le principe de l’innocence présumée. Pourtant, aucun signe de  surprise ne passa sur le visage ténébreux du jeune garçon. Bien vite, un fier sourire se dessina sur ses lèvres :

- Pen Duick était hors de sa pokéball, comme d’hab’, commença-t-il en jetant un bref regard complice à son Noctali. Mon insécateur aussi. A partir de là, plutôt facile d’imaginer… Le premier gars avait un Tauros qui chargea, le second ordonna à son Rapasdépic une attaque furie, et le troisième avait un Dardargnan qui envoya je ne sais quelle attaque insecte, et un Empiflor qui lança fouet-liane. Pen Duick nous protégea, tandis qu’Insécateur faisait son travail de ninja, un peu aidé par les ténèbres de Pen Duick.

- Qu’entends-tu par les « ténèbres » de ton noctali ?

- Pen Duick possède un panel d’attaques ténèbre très étendu pour son niveau. Attaques directes, attaques à distance, mouvements de défense…

- Huhum… Une riposte assez classique en somme, non ?

- Moui… Seul Insécateur a directement attaqué, assisté de Pen Duick qui s’occupait de la défense et des effets secondaires : chute de la vitesse, hypnose... Classique mais efficace…

Curieusement, le commissaire Brunet, qui avait été jusqu’ici si concilient, montra brusquement des signes d’énervement :

- Attends, mais alors, comment as-tu été blessé ?! J’aimerais bien le savoir !

- Moi aussi j’aimerais le savoir… Il devait y avoir quelqu’un d’autre, qui a agit après que j’ai vaincu les 3 pauvres gars. A vrai dire, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. Projeté en l’air, douleur aigue dans la poitrine et à la tête, puis j’ai dû retomber lourdement sur le sol. Je me suis évanoui à mon zénith… acheva Ryan, avec un petit sourire.

Devant tant de calme glacial, teinté d’ironie, Brunet se trouvait sans réelle réplique. De plus, il sentait qu’il n’y avait plus à creuser de ce côté-là. Son regard se porta alors sur les mains particulièrement abîmées de Ryan.

- Et tes mains ? Ce n’est pas arrivé dans ta chute, tu n’as pas pû te réceptionner, tu étais inconscient.

Atria remarqua alors un geste anodin de Ryan. A l’aide de son index gauche, il fit tourner la bague en argent qu’il portait à l’annulaire de la même main. Cette bague, Atria venait juste de la remarquer… Une de plus pour Ryan, qui en portait 4 à la main droite et 3, à présent, à la gauche. Néanmoins, ce petit geste imperceptible, que Brunet n’avait pas remarqué, trahissait Ryan. La question du commissaire ne semblait pas l’avoir déstabilisé, mais il semblait se rendre compte qu’il en avait peut-être trop dit, et il le regrettait, ne serait-ce qu’un peu.

- Non… C’est en rapport avec ma petite escapade dans Céliandre…

Nous y voilà donc. Voilà pourquoi Ryan avait titillé sa bague. Atria savait qu’il ne voudrait pas parler de son séjour dans la forêt légendaire, mais elle en avait là la confirmation…

- Vous n’imaginez pas le nombre de pokémons dans cette forêt, embraya-t-il. Et des rares en plus ! Et pas maladroit ! Mes mains, c’est le résultat d’une attaque fouet-liane, couplée à je ne sais quelle attaque plante ou poison… L’attaque venait d’un macronium que je n’ai pas pû choper…

L’entretien se poursuivit encore une vingtaine de minutes, durant lesquelles Brunet questionna d’abord son interlocuteur sur Céliandre. Mais Ryan resta évasif. Hermétique, parfois même. Il s’employa à brouiller les cartes par des tournures de phrases particulières, ou en jetant de temps en temps un regard entendu à sa camarade. Celle-ci répondait alors, une expression adaptée se peignant sur son visage. Puis le haut fonctionnaire voulut en savoir plus sur ce qui avait bien pu se passer après l’attaque à la sortie de la forêt. Comment se faisait-il que Ryan ait été retrouvé à une portée de tranch’herbe de Men Ruz, lui et ses agresseurs, alors que Céliandre était à 4 jours de marche de la Citée Rouge ? L’intéressé répondit ne rien en savoir et paraissait sincère. Après son vol plané, Ryan s’était éveillé dans la lande familière, avec le même mal à la poitrine, et le corps tailladé en plusieurs endroits. Il s’était alors de nouveau évanouit, pour plus tard se réveiller à la clinique. Et après avoir reçu des soins et engloutit un brunch, il avait entreprit de quitter ces lieux aseptisés. La suite, on la connaissait…

 

~

 

Ce jeune Ryan s’était malgré tout montré coopératif. Après sa surprenante évasion de la polyclinique, il s’était rendu de lui-même au commissariat, où il avait accepté sans hésitation, et malgré l’absence d’un responsable légal, de s’entretenir avec lui. Pourtant Brunet se méfiait de cet adolescent qu’il venait de rencontrer. Il avait essayé de le mettre à l’aise mais celui-ci s’était révélé plus malin. Pas aussi naïf que certains autres, il ne s’était pas confier. Loin d’être dupe, lui et sa camarade avait joué un jeu tout en douceur, sans vagues. Ils y avaient en effet tout intérêt, l’appui que leur offraient les Sages, et plus particulièrement cet Erwan et le vieux Le Provost, leur offrait assez de garanties. Ce Ryan n’avait pas à s’inquiéter.

Brunet rouvrit le dossier de cette affaire pour le moins inhabituelle. Le vieux commissaire, qui approchait de ses 58 ans, savait que l’adolescent ne lui avait pas tout dit. Ses assaillants avaient subi plus de dommages que s’ils avaient été attaqués par un insécateur, même épaulé par un noctali. Et malgré l’existence plus que plausible d’un autre protagoniste dans l’affaire, pourquoi celui-ci s’en serait-il pris aux bandits déjà mis à terre par le gamin ? Au contraire, c’est Ryan qui semblait avoir été attaqué. Comme stoppé. Brunet ne se méfiait que trop bien de ce genre d’adolescent, habillé tout en noir, les cheveux long et cornèbre, le regard arrogant, la face maquillée et adepte des pokémons de type ténèbre ou spectre… Un noctali… Rien d’étonnant. Pourtant, ce Ryan avait quelques appuis efficaces, et ce, sans avoir l’air de le mériter pour une quelconque raison. Cela  l’agaçait, lui, le vieux commissaire, qui ne pouvait creuser plus loin dans cette affaire. Parfois, et même si cela s’avérait être rare, l’influence des Sages était handicapante et l’énervait. Avec une moue résignée, Brunet jeta le dossier au fond de son tiroir. A revoir plus tard, à tête reposée. Il fallait retourner aux affaires courantes…

 

~

 

A présent, un soleil radieux réchauffait la ville. Atria et Ryan s’était d’abord arrêtés dans le bar à crêpes tenu par le frère d’Erwann. Ryan avait mangé pour au moins 4 personnes tandis qu’Atria se contentait d’une « caramel beurre salé » qu’elle avait dégusté lentement. Puis ils s’étaient réfugiés dans un coin tranquille et ombragé des Jardins Suspendus, évitant l’éveil du Manac’h et leurs domiciles respectifs. Ils voulaient être seuls. Ryan se montrait moins à l’aise, car avec Atria, il aurait à être plus honnête. Parce qu’elle le connaissait trop bien désormais, mais aussi car il lui devait bien cela. Il voulait lui dire la vérité. Peut-être pas toute la vérité, mais il ne voulait pas lui mentir. Ainsi commença-t-il par lui narrer son trajet jusqu’à Céliandre puis son séjour dans la forêt. Là-bas, Ryan n’avait apparemment rencontré qu’un autre dresseur, d’environ 25 ans, avec qui il avait discuté quelques minutes avant de continuer leurs chemins respectifs.

-        Tu comprends, lui dit Ryan, dans cette forêt, l’on sent à chaque instant qu’il peut arriver un truc extraordinaire, alors on n’avait pas la tête à défier l’autre. En plus, on pensait plus à nous préserver.

Puis venait les rencontres avec des pokémons. Quelques cerfrousses, rattatas, fouinettes, roucools, papilusions et autres mystherbes. Mais ceux-ci avaient été néanmoins peu nombreux.  Il avait aussi entrevu un insécateur et un germignon mais il n’avait pu attraper ce dernier. Pourtant, Ryan sortit 2 pokéballs.

-        L’un d’«eux» a changé, et il y a une nouvelle…

Il jeta la première négligemment.

-        Montre-toi Wilde, dit-il en jetant un coup d’œil à Atria. Cette dernière parut étonnée, puis son visage s’éclaira. Le pokémon qui était apparu lui était familier même s’il avait bien changé.

-        Caninos ! Enfin, maintenant, c’est un arcanin… Tu l’as finalement appelé Wilde ?

-        Oui, dit Ryan, un peu comme « wild », sauvage en anglais, mais surtout comme Oscar Wilde… Arcanin a une classe de dandy. Enfin… Il n’est pas encore tout à fait un arcanin, ses canines et toute sa fourrure n’ont pas fini de poussé, et il n’a pas encore la taille d’un arcanin. Il y a de nombreuses pierres Céliandre, même si elles sont cachées. J’en ai ramené quelques-unes. Caninos a lui-même flairé la pierre feu et il s’est précipité dessus. Après exposition, son évolution a duré une petite semaine…

Ryan n’était pas peu fier. Et Atria le comprenait. Cet arcanin était vraiment très beau et elle savait qu’il s’agissait de l’un des pokémons favoris de Ryan. Wilde s’approcha d’elle et jappa doucement. Elle le flatta d’une caresse derrière l’oreille.

-        Un caninos qui évolue en arcanin à Céliandre… Quelle ironie, dit-elle en riant.

-        Oui, vu son importance dans les récits moyen-âgeux…

Puis Ryan se saisit de la seconde pokéball. Wilde se coucha par terre, à l’ombre, près de Pen Duick et Mentali qui s’était blottit l’un contre l’autre. Apparemment, ces deux-là étaient ravis de se retrouver. Ryan regarda Atria avec un sourire malicieux et lança la petite sphère énergiquement.

-        Morwenn, montre-toi !

Atria fut étonnée lorsqu’elle entendit Ryan. Lorsque le pokémon apparut, elle  écarquilla les yeux, au comble de la stupéfaction.

-        Un… Un… Un mini-draco… lâcha-t-elle enfin.

-        UNE mini-draco. Morwenn… Je savais qu’il y a quelques rares pokémons dragons à Céliandre. Je l’ai rencontré dès mon deuxième jour. Je me suis dis que ça commençait bien, ajouta-t-il en riant.

-        Mais… Tu lui as déjà donné un nom ? D’habitude, tu ne leur donnes un nom que lorsque tu les connais vraiment, ou lorsqu’il s’est passé un truc spécial…

-        Oui, et là, en l’occurrence, Morwenn m’a bien guidé dans la forêt et m’a plus ou moins sauvé d’un libegon.

-        Quoi ?! Mais… Un libegon ?! Dans une forêt ?! Et un mini-draco t’en aurait protégé ?!

-        Céliandre est une forêt particulière… Et puis, si tu regardes un libegon, tout ce vert, pour un pokémon qui ne vivrait que dans le désert ? Non, j’y croyais pas avant même d’aller à Céliandre. Faudra que je demande au Professeur Mézec, mais à mon avis, le libegon possède un ascendant insecte, en plus de ses types dragon et sol… D’ailleurs, il a surgit du sol. Et Morwenn ne l’a pas combattu bien sûr, vu qu’un libegon en est quand même au troisième et dernier stade de son évolution. Trop puissant pour une jeune mini-draco… Mais en tant que dragons, ils ont « discuté », et le libegon s’est finalement calmé, puis il est parti comme il était venu. Moi, j’étais encore par terre, tout tremblant et hébété ! finit-il dans un rire.

La mini-draco vint se blottir contre lui, inspectant Atria du regard. Elle semblait savoir que la jeune fille était une amie de son maître, mais elle semblait timide.

-        Tu ne crains rien Morwenn, Atria est une amie, vraiment douce avec les pokémons.

-        Arrête de m’appeler comme ça, tu sais que j’aime pas ! dit cette dernière, le regard sombre.

-        Oui, elle est douce, mais qu’avec les pokémons généralement, précisa Ryan à l’attention de sa petite protégée en riant doucement. Aria, je dois bien lui dire ton prénom complet pour les présentations, hum ? Donc : Morwenn, voici Atria, qui préfère qu’on l’appelle Aria. Aria, voici Morwenn.

Apparemment, le ton doux qu’avait employé Ryan avait rassuré la petite mini-draco qui se rapprocha doucement d’Atria. Celle-ci la caressa avec douceur, les yeux brillants et plein de gentillesse. Finalement, Morwenn se blottit contre Atria, qui continua de la caresser.

-        Alors, Ryan, raconte-moi plus précisément ton p’tit voyage à Céliandre, cette forêt quasi inconnue et pleine de mystères… dit Atria dans un souffle, le sourire aux lèvres.

Le garçon s’exécuta donc. Son récit fut parfois entrecoupé de pauses durant lesquelles il cherchait comment bien formuler ses phrases. Atria respecta ces pauses comme elle respectait son souhait de ne pas tout dire. Elle savait qu’il ne voulait pas lui mentir mais qu’il avait besoin de garder certaines choses pour lui. C’était là un besoin que tout le monde a, mais Ryan en avait encore plus besoin. Il avait toujours été solitaire. Du moins, jusqu’à ce qu’elle arrive à Men Ruz avec ses parents. A la fin de son récit, Ryan se leva. Il rappela Morwenn et Wilde dans leurs pokéballs. Pen Duick, qui comme son maître portait encore quelques bandages, se leva et sauta avec agilité sur l’épaule de ce dernier.

-        Toi, t’as envie que je te porte, dit celui-ci en souriant.

Le noctali acquiesça d’un hululement.

Atria se leva à son tour et sortit un petit biscuit bleu d’une poche.

-        Tiens, Mina, ton médicament.

La petite mentali l’avala sans rechigner. Puis Atria s’adressa à Ryan :

-        Bon… Repose-toi bien. On se voit demain, en fin d’aprem ? Et si tu te sens capable d’aller boire un verre le soir, on ira au Chaudron.



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Mardi 17 juin 2008
[En cours de rédaction]
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