Atria fut surprise par sa jeune mentali qui arriva sans bruit et avec agilité sur le rebord de la fenêtre de sa
chambre.
-
Wilhelmina, dit-elle avec un sourire. Tu es au courant je présume ? J’allais justement
le voir…
Le ton de la jeune fille de 17 ans était un peu triste et tendu alors que son regard parcourait les murs de sa chambre. La
vieille tapisserie d’un bleu paon était parsemée de quelques posters, affiches et autres tableaux. Si certains représentaient des rocks stars ou des personnages célèbres, certains étaient les
répliques de tableaux de maîtres ou d’œuvres plus modestes et plus décalées. Une armoire en chêne se dressait dans un coin, accompagnée d’une commode et d’une coiffeuse de marbre immaculées. La
bibliothèque, qui se fondait sur la tapisserie, était remplie de livres allant du conte enfantin mais complexe au traité de philosophie, en passant par de vieux ouvrages poussiéreux sur l’art, ou
d’autres plus récents, sur la musique. Le lit à baldaquin noir reposait dans son alcôve. Les draps et les rideaux étaient d’un mauve discret qui offrait un curieux mariage avec la tapisserie. De nombreux origamis, d’extravagants mobiles ou d’autres objets étranges étaient suspendus au ciel du lit, accompagnés de
quelques petites lampes originales. Assise à son bureau du même bleu que la tapisserie, Atria se leva, éteignit la lampe de son plan de travail, puis le lampadaire à l’opposé de la pièce. Elle
prit alors son manteau, et sortit, précédée de Wilhelmina.
Il faisait assez frais ce matin, une légère brume flottait dans les rues désertes.
-
Le genre d’atmosphères que j’affectionne… murmura la jeune fille, qui avait adopté une
attitude lunaire.
La jeune mentali approuva d’un petit hululement entendu. Atria pressa le pas. La scène avait quelque chose d’exquis :
la place du Manac’h était parcourue par une jeune fille aux longs cheveux brun, au port altier, vêtue d’un long manteau noir, accompagnée de sa seule mentali, et dont les talons claquaient dans
la solitude brumeuse de la Citée Rouge. Cette même scène plut beaucoup à l’être qui épiait Atria et Wilhelmina depuis les jardins suspendus.
« Délicieuse fantasmagorie… » songea-t-il en se mordillant la lèvre inférieure.
L’être ne la voyait pas toujours parfaitement, à cause de la brume, mais il ne ratait presque aucun de ses mouvements.
C’était un habitué des lieux. Quelques gouttes de sangs perlèrent sur ses lèvres. C’est alors que le noctali le rejoignit. Seules quelques traces de sang subsistaient sur son pelage. L’inconnu
l’accueillit d’un regard entendu. Le silence était de mise. Tout ce petit monde traversa le Manac’h sans rencontrer âme qui vive, pas même le moindre evoli.
Atria se rendait dans la partie sud du
quartier, où se situaient le commissariat central de Men Ruz et la clinique du Manac’h. Arrivée à un large embranchement, elle hésita. Clinique ou commissariat ?
« Si ce que m’a dit Erwan est juste, Ryan devrait être à la clinique, en attendant d’être interrogé par le commissaire
en personne… » pensa-t-elle avant de prendre la rue sur sa droite, précédée par sa mentali, qui avait deviné ou, plus précisément, lu ses pensées. Le Erwan en question était un jeune Sage de
47 ans, qui avait pris Atria et Ryan sous son aile. Cela leur avait été bien utile en plusieurs occasions, car Erwan connaissait bien les pokémons et leurs rapports avec les humains. Celui-ci
n’était pas devenu un Sage si jeune par hasard. Alors que la plupart ne sont intronisés qu’au détour de la cinquantaine, Erwan s’était montré particulièrement convaincant. Assez pour avoir été
intronisé à seulement 43 ans. Et il ne devait rien à son réseau de relations, qui faisait qu’il était souvent informé de nombreuses choses bien utiles. Ainsi, Atria avait-elle été mis au courant
de l’affaire avant que la nouvelle ne se répande : son ami Ryan, de retour d’un énième petit voyage pokémon dans la région, avait été attaqué et blessé, mais était dans un état
stable. Voilà pour les grandes lignes. Mais Atria ne pouvait s’empêcher de se remémorer les mots qu’avait prononcé Erwan.
« Souviens-toi que Ryan revenait de Céliandre. Cette forêt est très particulière, unique. Magique même… »
avait-il soufflé avec le plus grand sérieux. « S’il y est allé, en solitaire qui plus est, ce n’est pas pour rien. Cet endroit est sujet à de nombreuses légendes et attire beaucoup de monde,
y compris des personnes de la pire espèce. Je sais que peu de monde arrive à y pénétrer et que la plupart reste à la lisière, mais parmi toutes ces personnes gravitant autour, il y a des gens
malintentionnés. Si Ryan a eu affaire à eux, il peut avoir été blessé, voire même sérieusement, lui et ses pokémons, mais son esprit peut avoir été touché aussi. De plus, on ne sait pas quelle
influence a eu Céliandre sur lui… Mais reste optimiste, il n’était pas dans un état critique, je le sais, mais tu dois t’attendre à tout. Surtout qu’il s’agit de Ryan… » avait ajouté Erwan,
avec un sourire amusé et rassurant, mais qui restait terne malgré ses efforts. Atria en avait sourit elle aussi, mais l’inquiétude avait vite submergé cette pointe d’amusement.
Pourtant, elle ressentait aussi de l’agacement suite au discours d’Erwan. Bon sang, il ne fallait pas exagérer non plus, si
Céliandre et ses environs étaient si dangereux, comment les Sages et sa famille avaient-ils pu laisser partir Ryan qui n’était encore qu’un débutant finalement ? Cela ne faisait que… 7 mois,
oui, 7 mois maintenant que Ryan était devenu dresseur et voilà que certaines personnes dans le « milieu » semblaient s’extasier devant lui et ses maigres victoires dans des tournois
locaux de sa catégorie, voire régionaux… De plus, Atria trouvait que l’on lui laissait passer beaucoup de choses. Ryan avait de toutes façons toujours eu droit à un traitement non pas de faveur à
proprement parler, mais plus… « souple ». Ce qui s’était assez renforcé depuis que Ryan avait reçu son evoli...
Alors que l’agacement et la lassitude semblaient prendre le pas sur l’inquiétude qu’elle ressentait depuis son réveil,
Atria fut interrompue dans ses pensées par Wilhelmina. Celle-ci s’était figée et son pelage s’hérissait par endroits, pareil à la surface d’un lac troublée par la pluie. A ceci près que le
phénomène se présentait sous formes de vagues successives. Le pelage de velours s’agitait frénétiquement alors que sa mentali avait l’air absente, ce qui annonçait un danger proche, imminent,
Atria le savait. Comme elle savait que le regard vague de sa compagne cachait en fait une concentration de tous les instants. Les sens en alertes, la jeune fille s’immobilisa, à 2 pas derrière
Wilhelmina. L’absence totale d’evoli dans les environs lui apparut soudain particulièrement inquiétante. Les quelques secondes qui s’ensuivirent furent emplies d’une tension telle qu’Atria sentit
ses muscles se raidir. Son échine fut parcourue d’un frémissement. Ce froid frisson, qui parut mettre cent ans à descendre le long de sa colonne vertébrale, aurait
pû être délicieux en d’autres circonstances… Le danger vint des hauteurs. Ils étaient deux. Deux ombres se laissant choir des Jardins Suspendus. Deux frères
siamois pourtant bien distincts en ce jour étrange. A cause du brouillard et de l’obscurité de la petite rue, les 2 assaillants ne laissaient deviner que leur silhouette.
Le premier s’était réceptionné devant elles, sur leur gauche, et le second légèrement en retrait sur la droite. Pourtant, l’un d’eux, le plus grand, était bien moins agile. Celui-là même partit
d’un grand rire. Une main parée de bagues en argent surgit alors vivement du brouillard pour saisir Atria à l’épaule. Mais celle-ci, reconnaissant son assaillant, la rejeta violemment,
excédée :
-
Putain ! T’as qu’ça à foutre ?! Et qu’est-ce que tu fous là d’abord ?!
grogna-t-elle entre ses dents.
Le fait qu’elle utilise ce vocabulaire témoignait de sa nervosité. Ce qui fit rire Ryan de plus belle…
~
Assis sur une chaise à la forme ovale, Ryan faisait face au commissaire tandis qu’Atria se tenait sur l’un des sièges qui
étaient alignés le long du mur. Elle avait été autorisée à assister à l’entretien, sur sa propre demande. Cette flexibilité commune lorsque l’on côtoyait le jeune
garçon, ne la faisait pas du tout râler cette fois. Cela l’arrangeait tellement. L’adolescent semblait penser la même chose. Lui qui n’aimait pas trop narrer des faits n’aurait pas à
répéter la même chose à son amie. Il suffirait qu’elle écoute ce qu’il avait à dire au commissaire. Ryan lui apporterait des précisions et les correctifs plus tard, au calme, en quatre yeux.
Cette expression avait toujours fait sourire Ryan. On pouvait parfois l’employer même si un ou plusieurs pokémons accompagnaient les 2 personnes concernées. Un peu de la même manière, la mentali
et le noctali étaient présents dans le bureau du commissaire. Nouvelle faveur, bien entendu. Brunet voulait apparemment jouer au gentil flic, histoire de faciliter les confidences.
- Alors, hum… Ryan ? Tu t’es bien remis on dirait… T’éclipser de la polyclinique, alors que tu étais sous… hum, disons
« étroite » surveillance, c’était fort, très fort. Le genre de truc que j’adorais à ton âge, ajouta-t-il avec un grand sourire. Et venir de toi-même au commissariat ensuite… ça me plaît
ça, dit-il en pointant un doigt affirmatif vers Ryan.
La vérité c’est que ce dernier s’était résolu à aller au poste suite aux remontrances d’Atria. Mais il savait qu’il
s’agissait d’un passage obligé, et il y serait certainement aller de lui-même, mais plus tard. Cela ne l’enchantait guère, même s’il n’avait, à priori, rien à craindre : il était la victime.
Mais encore fallait-il prouver qu’il y avait eu légitime défense… Tâche ardue à dire vrai.
- Alors cette agression ? Hum ? Ils te sont tombés dessus, et tu t’es défendu comment ?
Ryan eu du mal à en croire ses oreilles. La légitime défense semblait même plus évidente que le principe de l’innocence
présumée. Pourtant, aucun signe de surprise ne passa sur le visage ténébreux du jeune garçon. Bien vite, un fier sourire se dessina sur ses lèvres :
- Pen Duick était hors de sa pokéball, comme d’hab’, commença-t-il en jetant un bref regard complice à son Noctali. Mon
insécateur aussi. A partir de là, plutôt facile d’imaginer… Le premier gars avait un Tauros qui chargea, le second ordonna à son Rapasdépic une attaque furie, et le troisième avait un Dardargnan
qui envoya je ne sais quelle attaque insecte, et un Empiflor qui lança fouet-liane. Pen Duick nous protégea, tandis qu’Insécateur faisait son travail de ninja, un peu aidé par les ténèbres de Pen
Duick.
- Qu’entends-tu par les « ténèbres » de ton noctali ?
- Pen Duick possède un panel d’attaques ténèbre très étendu pour son niveau. Attaques directes, attaques à distance,
mouvements de défense…
- Huhum… Une riposte assez classique en somme, non ?
- Moui… Seul Insécateur a directement attaqué, assisté de Pen Duick qui s’occupait de la défense et des effets
secondaires : chute de la vitesse, hypnose... Classique mais efficace…
Curieusement, le commissaire Brunet, qui avait été jusqu’ici si concilient, montra brusquement des signes
d’énervement :
- Attends, mais alors, comment as-tu été blessé ?! J’aimerais bien le savoir !
- Moi aussi j’aimerais le savoir… Il devait y avoir quelqu’un d’autre, qui a agit après que j’ai vaincu les 3 pauvres gars.
A vrai dire, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. Projeté en l’air, douleur aigue dans la poitrine et à la tête, puis j’ai dû retomber lourdement sur le sol. Je me suis évanoui à mon zénith…
acheva Ryan, avec un petit sourire.
Devant tant de calme glacial, teinté d’ironie, Brunet se trouvait sans réelle réplique. De plus, il sentait qu’il n’y avait
plus à creuser de ce côté-là. Son regard se porta alors sur les mains particulièrement abîmées de Ryan.
- Et tes mains ? Ce n’est pas arrivé dans ta chute, tu n’as pas pû te réceptionner, tu étais inconscient.
Atria remarqua alors un geste anodin de Ryan. A l’aide de son index gauche, il fit tourner la bague en argent qu’il portait
à l’annulaire de la même main. Cette bague, Atria venait juste de la remarquer… Une de plus pour Ryan, qui en portait 4 à la main droite et 3, à présent, à la gauche. Néanmoins, ce petit geste
imperceptible, que Brunet n’avait pas remarqué, trahissait Ryan. La question du commissaire ne semblait pas l’avoir déstabilisé, mais il semblait se rendre compte qu’il en avait peut-être trop
dit, et il le regrettait, ne serait-ce qu’un peu.
- Non… C’est en rapport avec ma petite escapade dans Céliandre…
Nous y voilà donc. Voilà pourquoi Ryan avait titillé sa bague. Atria savait qu’il ne voudrait pas parler de son séjour dans
la forêt légendaire, mais elle en avait là la confirmation…
- Vous n’imaginez pas le nombre de pokémons dans cette forêt, embraya-t-il. Et des rares en plus ! Et pas
maladroit ! Mes mains, c’est le résultat d’une attaque fouet-liane, couplée à je ne sais quelle attaque plante ou poison… L’attaque venait d’un macronium que je n’ai pas pû choper…
L’entretien se poursuivit encore une vingtaine de minutes, durant lesquelles Brunet questionna d’abord son interlocuteur
sur Céliandre. Mais Ryan resta évasif. Hermétique, parfois même. Il s’employa à brouiller les cartes par des tournures de phrases particulières, ou en jetant de temps en temps un regard entendu à
sa camarade. Celle-ci répondait alors, une expression adaptée se peignant sur son visage. Puis le haut fonctionnaire voulut en savoir plus sur ce qui avait bien pu se passer après l’attaque à la
sortie de la forêt. Comment se faisait-il que Ryan ait été retrouvé à une portée de tranch’herbe de Men Ruz, lui et ses agresseurs, alors que Céliandre était à 4 jours de marche de la Citée
Rouge ? L’intéressé répondit ne rien en savoir et paraissait sincère. Après son vol plané, Ryan s’était éveillé dans la lande familière, avec le même mal à la poitrine, et le corps tailladé
en plusieurs endroits. Il s’était alors de nouveau évanouit, pour plus tard se réveiller à la clinique. Et après avoir reçu des soins et engloutit un brunch, il avait entreprit de quitter ces
lieux aseptisés. La suite, on la connaissait…
~
Ce jeune Ryan s’était malgré tout montré coopératif. Après sa surprenante évasion de la polyclinique, il s’était rendu de
lui-même au commissariat, où il avait accepté sans hésitation, et malgré l’absence d’un responsable légal, de s’entretenir avec lui. Pourtant Brunet se méfiait de cet adolescent qu’il venait de
rencontrer. Il avait essayé de le mettre à l’aise mais celui-ci s’était révélé plus malin. Pas aussi naïf que certains autres, il ne s’était pas confier. Loin d’être dupe, lui et sa camarade
avait joué un jeu tout en douceur, sans vagues. Ils y avaient en effet tout intérêt, l’appui que leur offraient les Sages, et plus particulièrement cet Erwan et le vieux Le Provost, leur offrait
assez de garanties. Ce Ryan n’avait pas à s’inquiéter.
Brunet rouvrit le dossier de cette affaire pour le moins inhabituelle. Le vieux commissaire, qui approchait de ses 58 ans,
savait que l’adolescent ne lui avait pas tout dit. Ses assaillants avaient subi plus de dommages que s’ils avaient été attaqués par un insécateur, même épaulé par un noctali. Et malgré
l’existence plus que plausible d’un autre protagoniste dans l’affaire, pourquoi celui-ci s’en serait-il pris aux bandits déjà mis à terre par le gamin ? Au contraire, c’est Ryan qui semblait
avoir été attaqué. Comme stoppé. Brunet ne se méfiait que trop bien de ce genre d’adolescent, habillé tout en noir, les cheveux long et cornèbre, le regard arrogant, la face maquillée et adepte
des pokémons de type ténèbre ou spectre… Un noctali… Rien d’étonnant. Pourtant, ce Ryan avait quelques appuis efficaces, et ce, sans avoir l’air de le mériter pour une quelconque raison.
Cela l’agaçait, lui, le vieux commissaire, qui ne pouvait creuser plus loin dans cette affaire. Parfois, et même si cela s’avérait être rare, l’influence des Sages était
handicapante et l’énervait. Avec une moue résignée, Brunet jeta le dossier au fond de son tiroir. A revoir plus tard, à tête reposée. Il fallait retourner aux affaires courantes…
~
A présent, un soleil radieux réchauffait la ville. Atria et Ryan s’était d’abord arrêtés dans le bar à crêpes tenu par le
frère d’Erwann. Ryan avait mangé pour au moins 4 personnes tandis qu’Atria se contentait d’une « caramel beurre salé » qu’elle avait dégusté lentement. Puis ils s’étaient réfugiés dans
un coin tranquille et ombragé des Jardins Suspendus, évitant l’éveil du Manac’h et leurs domiciles respectifs. Ils voulaient être seuls. Ryan se montrait moins à l’aise, car avec Atria, il aurait
à être plus honnête. Parce qu’elle le connaissait trop bien désormais, mais aussi car il lui devait bien cela. Il voulait lui dire la vérité. Peut-être pas toute la vérité, mais il ne voulait pas
lui mentir. Ainsi commença-t-il par lui narrer son trajet jusqu’à Céliandre puis son séjour dans la forêt. Là-bas, Ryan n’avait apparemment rencontré qu’un autre dresseur, d’environ 25 ans, avec
qui il avait discuté quelques minutes avant de continuer leurs chemins respectifs.
-
Tu comprends, lui dit Ryan, dans cette forêt, l’on sent à chaque instant qu’il peut arriver
un truc extraordinaire, alors on n’avait pas la tête à défier l’autre. En plus, on pensait plus à nous préserver.
Puis venait les rencontres avec des pokémons. Quelques cerfrousses, rattatas, fouinettes, roucools, papilusions et autres
mystherbes. Mais ceux-ci avaient été néanmoins peu nombreux. Il avait aussi entrevu un insécateur et un germignon mais il n’avait pu attraper ce dernier. Pourtant, Ryan sortit
2 pokéballs.
-
L’un d’«eux» a changé, et il y a une nouvelle…
Il jeta la première négligemment.
-
Montre-toi Wilde, dit-il en jetant un coup d’œil à Atria. Cette dernière parut étonnée, puis
son visage s’éclaira. Le pokémon qui était apparu lui était familier même s’il avait bien changé.
-
Caninos ! Enfin, maintenant, c’est un arcanin… Tu l’as finalement appelé
Wilde ?
-
Oui, dit Ryan, un peu comme « wild », sauvage en anglais, mais surtout comme Oscar
Wilde… Arcanin a une classe de dandy. Enfin… Il n’est pas encore tout à fait un arcanin, ses canines et toute sa fourrure n’ont pas fini
de poussé, et il n’a pas encore la taille d’un arcanin. Il y a de nombreuses pierres Céliandre, même si elles sont cachées. J’en ai ramené quelques-unes. Caninos a lui-même flairé la pierre feu
et il s’est précipité dessus. Après exposition, son évolution a duré une petite semaine…
Ryan n’était pas peu fier. Et Atria le comprenait. Cet arcanin était vraiment très beau et elle savait qu’il s’agissait de
l’un des pokémons favoris de Ryan. Wilde s’approcha d’elle et jappa doucement. Elle le flatta d’une caresse derrière l’oreille.
-
Un caninos qui évolue en arcanin à Céliandre… Quelle ironie, dit-elle en riant.
-
Oui, vu son importance dans les récits moyen-âgeux…
Puis Ryan se saisit de la seconde pokéball. Wilde se coucha par terre, à l’ombre, près de Pen Duick et Mentali qui s’était
blottit l’un contre l’autre. Apparemment, ces deux-là étaient ravis de se retrouver. Ryan regarda Atria avec un sourire malicieux et lança la petite sphère énergiquement.
-
Morwenn, montre-toi !
Atria fut étonnée lorsqu’elle entendit Ryan. Lorsque le pokémon apparut, elle écarquilla les yeux, au
comble de la stupéfaction.
-
Un… Un… Un mini-draco… lâcha-t-elle enfin.
-
UNE mini-draco. Morwenn… Je savais qu’il y a quelques rares pokémons dragons à Céliandre. Je
l’ai rencontré dès mon deuxième jour. Je me suis dis que ça commençait bien, ajouta-t-il en riant.
-
Mais… Tu lui as déjà donné un nom ? D’habitude, tu ne leur donnes un nom que lorsque tu
les connais vraiment, ou lorsqu’il s’est passé un truc spécial…
-
Oui, et là, en l’occurrence, Morwenn m’a bien guidé dans la forêt et m’a plus ou moins sauvé
d’un libegon.
-
Quoi ?! Mais… Un libegon ?! Dans une forêt ?! Et un mini-draco t’en aurait
protégé ?!
-
Céliandre est une forêt particulière… Et puis, si tu regardes un libegon, tout ce vert, pour
un pokémon qui ne vivrait que dans le désert ? Non, j’y croyais pas avant même d’aller à Céliandre. Faudra que je demande au Professeur Mézec, mais à mon avis, le libegon possède un
ascendant insecte, en plus de ses types dragon et sol… D’ailleurs, il a surgit du sol. Et Morwenn ne l’a pas combattu bien sûr, vu qu’un libegon en est quand même au troisième et dernier stade de
son évolution. Trop puissant pour une jeune mini-draco… Mais en tant que dragons, ils ont « discuté », et le libegon s’est finalement calmé, puis il est parti comme il était venu. Moi,
j’étais encore par terre, tout tremblant et hébété ! finit-il dans un rire.
La mini-draco vint se blottir contre lui, inspectant Atria du regard. Elle semblait savoir que la jeune fille était une
amie de son maître, mais elle semblait timide.
-
Tu ne crains rien Morwenn, Atria est une amie, vraiment douce avec les
pokémons.
-
Arrête de m’appeler comme ça, tu sais que j’aime pas ! dit cette dernière, le regard
sombre.
-
Oui, elle est douce, mais qu’avec les pokémons généralement, précisa Ryan à l’attention de sa
petite protégée en riant doucement. Aria, je dois bien lui dire ton prénom complet pour les présentations, hum ? Donc : Morwenn, voici Atria, qui préfère qu’on l’appelle Aria. Aria,
voici Morwenn.
Apparemment, le ton doux qu’avait employé Ryan avait rassuré la petite mini-draco qui se rapprocha doucement d’Atria.
Celle-ci la caressa avec douceur, les yeux brillants et plein de gentillesse. Finalement, Morwenn se blottit contre Atria, qui continua de la caresser.
-
Alors, Ryan, raconte-moi plus précisément ton p’tit voyage à Céliandre, cette forêt quasi
inconnue et pleine de mystères… dit Atria dans un souffle, le sourire aux lèvres.
Le garçon s’exécuta donc. Son récit fut parfois entrecoupé de pauses durant lesquelles il cherchait comment bien formuler
ses phrases. Atria respecta ces pauses comme elle respectait son souhait de ne pas tout dire. Elle savait qu’il ne voulait pas lui mentir mais qu’il avait besoin de garder certaines choses pour
lui. C’était là un besoin que tout le monde a, mais Ryan en avait encore plus besoin. Il avait toujours été solitaire. Du moins, jusqu’à ce qu’elle arrive à Men Ruz avec ses parents. A la fin de
son récit, Ryan se leva. Il rappela Morwenn et Wilde dans leurs pokéballs. Pen Duick, qui comme son maître portait encore quelques bandages, se leva et sauta avec agilité sur l’épaule de ce
dernier.
-
Toi, t’as envie que je te porte, dit celui-ci en souriant.
Le noctali acquiesça d’un hululement.
Atria se leva à son tour et sortit un petit biscuit bleu d’une poche.
-
Tiens, Mina, ton médicament.
La petite mentali l’avala sans rechigner. Puis Atria s’adressa à Ryan :
-
Bon… Repose-toi bien. On se voit demain, en fin d’aprem ? Et si tu te sens capable
d’aller boire un verre le soir, on ira au Chaudron.